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Et le troisème conte sera celui
des trois amoureux



    Il était une fois un important propriétaire. Et en plus de sa richesse, il avait une belle fille. Tous les garçons voulaient cette fille en mariage. Et il y avait trois jeunes gens qui lui faisaient la cour. Elle était bien embêtée, car ils lui plaisaient bien tous les trois. Mais elle ne savait pas trop lequel d'entre eux choisir. Alors elle se confia à son père : « J'ai trois amoureux, mais jene sais pas lequel choisir ! »
Et le père, rusé comme un renard lui dît : « Hé bien, sais-tu, tu me les présenteras, tes trois galants, et je t'aiderai à choisir ! »
    Le dimanche suivant, la fille convia les trois garçons chez elle. Bien évidemment, le père les reçut de son mieux, les fît manger et boire un canon... Et ensuite, eux ne disaient rien, ils n'osaient pas parler, et le père leur dît :
    _ « Comment faire ? Vous voulez tous les trois ma fille, mais elle ne peut pas se marier avec tous les trois ! Il ne lui en faut qu'un ! Alors, dit le père, je vais décider de l'affaire : vous aurez un travail à faire, et celui qui aura le mieux réussi, ce sera celui qui aura la main de ma fille ! »
Il ajouta :
    _ « Voilà, c'est pas compiqué : dans la maison, il y a plein de trous. Et vous, vous me ferez des chevilles pour les boucher. Et celui qui les réussira le mieux sera celui qui aura la main de ma fille ! »
    Bien ! Ils partirent en songeant : « Ce n'est pas bien difficile ça ! On en fera de toutes les dimensions. Il y en aura toujours qui iront ! » Et les voilà partis !
    Le dimanche suivant, ils revinrent... Le père les reçoit bien, une fois de plus.
    _ « Alors, vous avez bien travaillé ?
    _ Oh oui ! »
L'un d'eux s'avança. Il en avait fait plein ses proches. Il les  sorties et le père les examina, en fin connaisseur... Il lui dît enfin :
    _ « Oui, elles sont bien faites ! Pose-les là. Il faut voir les autres ! »
Alors il pausa ses chevilles et le second s'approcha...
    _ « Alors, toi, tu en as fait ?
    _ Oh oui !
    _ Oh ! Elles sont... on dirait qu'elles sont mieux faites les tiennes... Enfin, nous verrons bien ! Mets-les là ! »
Le troisième ne disait rien, par derrière. Mais il s'avança tout à coup.
    _ « Et toi ? Tu nous les montre les tiennes ?
    _ Oh mais, dit l'autre, moi je n'ai rien fait !
    _ Ah bon, dit le père, tu n'en as pas fait, toi ? Mais pourquoi ?
    _ Oh, parce qu'avant de les faire, je veux prendre les mesures !!!
    _ Les autres, bien-sûr, ne sont pas des feignants, et ils ont bien travailler. Mais ils ont travaillé sans savoir ce qu'ils faisaient. Et toi, tu ne veux pas travailler pour rien ! Et tu as bien raison ! C'est toi le plus intelligent. Ce sera toi qui aura ma fille ! »
    Pensez donc s'ils se sentirent couillons !
Mais l'histoire ne dit pas s'ils emportèrent leurs chevilles ou les laissèrent en souvenir. Et tout cas, ils furent roulés !
    Ainsi se termine ce conte.
    Quand nous retournerons carder la laine en veillée, nous en recueillerons peut-être d'autres, comme le disait si bien Serge !