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Questionnaire

Le Barnatou de De Chazerat
 Le roitelet de De Chazerat ou la farce des Jeunes de Seychalles



   Tout le monde sait, en Auvergne, qu’avant la Grande Révolution de 1789, le V icomte De Chazerat était l’Intendant d’Auvergne. La rue Pascal, à Clermont comprend encore le nom de l’Hôtel de Chazerat, le Château ou plutôt la Résidence Officielle de ce représentant du Roi en Auvergne.
   Ce que les gens savent moins c’est que cet homme possédait, déjà du temps de son père, un domaine près de Lezoux que sa famille avait réparé et transformé en un palais qui se voulait à la ressemblance du Château de Versailles : pièces d’eau, souterrains, corps de garde et le plus beau château de la région. Il était entouré de bois, ce château, dans la période : Louis XV et Louis XVI. : le Château de Ligonne ...
   Et par un beau jour de l’Arrière Saison, une fois les vendanges faîtes et le vin tiré, les blés semés et les terres apprêtées pour le printemps ... les jeunes de Seychalles s’ennuyaient un peu. Ils passaient un peu de bon temps dans les caves du village à goûter le vin nouveau.
   L’un d’eux suggéra :
     -- Et si on allait faire une farce à De Chazerat !
     -- Et  qu’est-ce donc que tu veux lui faire, à de Chazerat ?
     -- Ben ! on pourrait lui mener un roitelet dans un coffre, pour le faire « enrager»
     -- Un roitelet ... dans une arche ?
     -- Oui, sur le tablier du char* !!!
Pas sitôt dit, sitôt fait !
   Voilà donc nos Seychallaires qui attellent trois paires de bœufs, mais des bœufs « délandés » ! Cela veut dire qu’on met le bœuf de droite à gauche et celui de gauche à droite. Vous vous doutez bien que chacun va tirer de travers et trois paires « délandées » de cette façon, ça fait un sacré remue-ménage !
   E sur le char, une fois enlevées les ridelles et les « palières » du char, on laisse seulement le tablier pour porter un coffre bien bridé et « billé ». Alors, ils attrapent un roitelet qui devait déjà être en cage, pour le fermer dans le coffre.
   Et les voici donc en route vers Ligonne …devant les bois de l’Intendant ... en tirant à droite ... en tirant à gauche ... ça bataillait fort dans un vacarme inimaginable. Ils arrivent devant l’Allée du château et un valet qui a entendu le bruit s’amène pour voir ce que signifie pareil tintamarre.
 -- Qu’est-ce donc que vous faîtes avec tous ces bœufs ? Quel remue-ménage, quel bruit ?
 -- Allez donc appeler votre Maître. Nous lui apportons une chose très rare. Qu’il vienne voir une telle  curiosité !
   Et le valet partit vite quérir son patron De Chazerat pour qu’il vienne voir une telle chose faramineuse.
   De Chazerat arrive et leur crie :
-- Qu’est-ce que c’est que ce bruit ...et cet attelage qui demande trois paires de bœufs ?
-- Eh-bien, soulevez le couvercle du coffre et vous verrez une bête rare en vos bois ! Nous vous amenons un Bœuf Ailé !
-- Faîtes-moi voir ça !
   Ils l’aident à ouvrir le couvercle de « l’arche » e ... Vrrt ! le Roitelet passe entre les bras de    l’Intendant et s’envole dans le bois de Ligonne.
   Alors, De Chazerat comprit tout de suite que les jeunes de Seychalles se moquaient de lui. Mais il ne le fit pas conaître : il fit comme s’il s’agissait d’un énorme présent de ses contribuables qui payaient tous les ans les tailles.
-- Eh-bien, c’est parfait ! Vous m’avez fait cadeau d’une bête rare dont je ne possédais que peu d’exemplaires dans mes bois, un « bœuf ailé». Mais ça fera une bouche de plus à nourrir ! Savez-vous ? Dorénavant, tous les ans, vous me porterez six setiers de blé en supplément des impöts. Il faut lui assurer sa nourriture !
Et c’est ainsi que chaque année, par la suite, un nouvel impôt était porté sur le registre des tailles de Seychalles. Il paraît que cela a été archivé ainsi jusqu’à la Révolution ... Tout au moins, c’est ce qu’on raconte à Seychalles. Et même à Orléat où mon père a entendu parler de cette histoire.
   Mais après cela, les gens de Seychalles ruminaient leur vengeance sur le Comte de Chazerat...
   Le bruit courut que des malandrins l’attendaient sur les Côtes de Brioux pour attenter à sa vie. Sur ces Côtes il y avait des peupliers, derrière un tertre, sur le bord de son chemin quand il revenait de Clermont ... On y trouve encore parait-il les vieilles souches.
   Mais les valets eurent vent de ces projets d’attentats et ils reçurent l’ordre de ferrer les chevaux à l’envers pour que les bandits crussent que De Chazerat était déjà rentré chez lui ... Toujours est-il que l’attentat fit long feu !
   Après,  chacun sait que la Révolution arriva... Le château de Ligonne fut démoli et vendu comme bien national ... et De chazerat émigra ... Les statues du Parc furent dispersées comme le reste. Il en reste encore une au Pont des Moulins et les Gens du Château du Miral, commune d’Orléat*, en ont mis une dans le cimetière d’Orléat sur leur tombe. Et tout le monde peut l’admirer. Je crois bien qu’elle vient du Château de Ligonne.