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Mon oncle Amédée


Il y en a peut-être qui connaissent mon oncle : c'est un brave auvergnat... Un brave auvergnat qui s'appelle Amédée. Et Amédée, c'est donc mon oncle, et il s'est marié avec ma tante qui s'appelle Bacuolà. Et, ma foi, comme ils ne sont pas riches, ils se chauffent au bois !  Et pour se chauffer au bois, il faut aller le chercher et ils montent parfois dans la montagne...
    Mais vous savez, ordinairement, les gens disent que ceux qui s'appellent Amédée ne sont pas des plus courageux. Les gens disent qu'ils ne travaillent guère !
    _ « C'est raciste ce que tu dis ! C'est raciste ! » disait l'autre...
    _ Bon ! Laisse moi dire mon conte, là !... Les gens disent !!!!!...
    _ « Ca fait rien ! Tu es faciste quand même !... »
    _ Peut-être bien... Mais ce n'est pas de ma faute si les gens disent ça, et je ne suis pas en question ! Et ce n'est pas de ma faute si mon oncle s'appelle Amédée et ma tante Bacuolà tout de même !
    _ « Mais il ne faut pas dire qu'ils ne sont pas courageux ! »
    _ Bon alors les gens disent que ceux qui s'appellent Amédée n'aiment pas trop le travail et préfèrent la Sécurité Sociale. Mais cet Amédée, comme tous les Amédée que je connais, travaille deux fois plus que les autres, et pour vous en assurer, Amédée allait chercher son fagot de bois tous les matins, pour chauffer sa maison et aussi celle du Patron, qui habite une grande maison à côté.
    Et au début, alors qu'il allait chercher le bois, il allait chercher un seul fagot, un gros fagot... Il s'en allait le matin dans la montagne et il faisait son fagot. Et il redescendait et il portait, moitié pour lui et moitié pour son  patron. Mais il faisait froid et le patron lui dit : « Ecoute! Il faudra me porter deux fagots ! » Bon, alors il remonta sur la montagne et il fît ces fagots, un pour lui, pour ma tante Bacuolà, et... deux pour le patron !
    Mais le patron, vous comprenez, pour faire cuire des saucisses, il n'avait pas de barbecue. Il n'en avait pas encore acheté, et dans le Mammouth, il n'y en avait plus. Alors il dit :
    _ « Bon Dieu ! Pour faire des saucisses et le fritchi, il lui faut bien faire un fagot de plus. »
Et il dit à Amédée :
    _ « Ecoute, demain... deux fagots ça ne fait pas assez ! Tu porteras quatre fagots ! »
Je ne sais pas si vous, vous avez essayé, mais pour porter quatre fagots pour le patron et un pour lui... ça fait cinq! Ca fait beaucoup, n'est-ce pas !
Mais vous admettrez, à force de faire des fagots, des fagots, hé bien Amédée, il finissait par être fatigué ; il ne pouvait plus les porter. Alors, il dit brusquement :
    _ « Hé bien, cette fois, c'est fini ! Je m'assierai là et il faudra que les fagots me descendent chez moi et mon patron ! »
    Alors, il s'assit sur les cinq fagots, comme ça. Et il attendit toute la journée. Vous comprenez bien que les fagots ne risquaient pas de l'emporter, ce pauvre Amédée ! C'est le contraire qui est normal : Amédée, c'est lui qui devrait porter les fagots. Aucune raison pour que ça change.
    Mais quand elle vit la nuit arriver, ma tante, la Bacuolà, commença de s'inquiéter et elle alla voir le patron pour lui en parler. Le patron qui attendait, lui aussi, car il était allé à la boucherie acheter ses saucisses. Et il voulait bien les manger, maintenant !
    Alors, ils montèrent là-haut sur la montagne qui n'était pas trop loin, seulement à quatre ou conq kilomètres. Ils montèrent, le patron et sa voiture, dans la montagne, pour voir ce qu'il faisait, Amédée, s'il s'était endormi ou s'il s'était perdu... Et vous qui connaissaient la montagne comme moi, vous savez bien qu'il reste encore quelques loups, dans cette montagne... Normalement, c'est dans les zoos qu'ils vivent, les loups ! Mais il en reste quand même un ou deux qui sont revenus et qui se promènent comme ça. Et le patron connaît bien le loup. Il y en a même qui disent que c'est le loup qui est le patron. Mais enfin, je n'irai pas jusque là ! Mais il y a le patron et il y a le loup ! Il ne faut pas confondre!
    Et alors le patron va près du loup et lui dit :
    _ « Ecoute, remue lui un peu le derrière et pique lui un peu l'échine, pour qu'il descende ! »
Mais le loup, il voyait tous les matins ce pauvre Amédée et le loup, il lui payait à boire, pensez-vous bien !!! Et même parfois, Amédée lui portait du bois. Alors vous pensez bien que le loup, il ne voulait pas piquer Amédée ! Alors le loup dît :
    _ « Je ne veux pas y aller... Tu feras ce que tu voudrasn mais je l'aime bien, ce bougre... »
Oh, il commençait à devenir rouge le patron ! Et une fois chez lui, il retrouva ses petits chiens, deux petits chiens comme cela :  des Dobermannes, ça s'appelle. Alors le patron monta ses Dobermannes dans la voiture, où il avait mis aussi Bacuolà à l'arrière, et qui avait peur, qui avait si peur !
    Alors, sur la montagne, le patron lâcha ses chiens en leur disant de courir après le loup. Mais les Dobermannes, vous savez bien, il faut leur donner beaucoup de viande : trois ou quatre kilos toute la journée, et ça s'empiffre... ça mange... ça goule ! Et les Dobermannes étaient rassasiés et ils ne voulaient pas courir après le loup!
Et il faisait quasiment nuit. Le patron dit :
    _ « Cette fois, je vais aller chercher autre chose ! »
Il alla chercher un gros bâton de fer pour battre les Dobermannes... Mais le gros bâton de fer était resté dehors et il avait plu. Et le bâton de fer était tout rouillé, il était malade. Et le bâton de fer ne voulût pas battre les Dobermannes. Le bâton refusait... Les Dobermannes ne voulaient pas mordre le loup. Le loup ne voulait pas courir après Amédée et Amédée attendait toujours que ses fagots le descendent.
    Je ne peux pas tout vous conter... Ca durerait tout la nuit ! Parce qu'elle est longue, l'histoire, pour ceux qui la connaissent...
Mais enfin, dans la journée, quand même, il y avait une fée qui habitait juste à côté. Et elle voyait bien toute la scène !A la fin de la journée où ils avaient tout essayé, avec le bâton, avec les chiens et tout cela, mais ça ne marchait pas.
Et la fée habitait un gros arbre, un très gros arbre : un frêne énorme ! Et à force de voir tout ça, les chiens, le loup, le bâton et tout le reste... Ca l'avait réveillée. Le Pierre vous en contera plus. Mais moi, j'en oublie beaucoup, parce que je me fais vieux, maintenant.
Toujours est-il que cette fée et les corbeaux, ils regardaient le spectacle. Et la fée se disait : il faudra bien que j'intervienne !!!
    _ « Mais que se passe-t-il donc ? »
Alors le patron s'avança, lui qui parlait le mieux. Ah, il parla... Mais je ne peux pas vous dire quoi, car c'est seulement en français ! Mais la fée lui dît :
    _ « Eh bien, ça s'arrangera. Descends jusque chez toi. On te portera les fagots.
Et le patron remit les chiens dans la voiture. Mais pas Bacuolà, qui avait trop peur. Et avec Amédée, ils descendirent à pied... Et le loup resta chez lui !
    Et le patron descendît dans sa maison et que vit-il en arrivant ? Sa maison était devenue toute en bois ! Avant, c'était une grande maison de pierres, des grosses pierres venues d'Amerique Centrale, enfin une espèce de pierre de Volvic. Et il trouva sa femme qui pleurait, ses enfants qui pleuraient. Même les Dobermannes pleuraient !! La fée avait changé sa maison en fagots... les murs, les portes... Et ils pouvaient en faire cuire des saucisses, avec ces fagots.
    Et l'oncle Amédée et la tante Bacuolà trouvèrent une magnifique fagotière devant chez eux et il leur fallait juste sortir et prendre un fagot pour se chauffer.
    Et barri-barrat, mon conte est fini! Quand je reviendrai à Thiers, peut-être que j'en porterai un autre !