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Le paysan et le diable

    Le paysan, vous savez, il sème son blé à l'automne, et le diable venait tout le temps voir ce paysan. Et il ne voulait pas qu'il sème ce blé, le diable, mais le paysan semait son blé à l'automne, et le diable lui dit :
    _ « Je ne veux pas que tu le sèmes, ce blé. »
Puis après, il réfléchit, le diable, et il dit au paysan :
    _ « Sème ton blé, et j'en prendrai la moitié ! Et moi, je prendrai ce qui est dessous, et toi, tu prendras ce qui est dessus ! »
Et le paysan sème son blé. Passe l'hiver, et le blé pousse bien, et arrive le printemps, le beau temps, et le temps de la moisson. Le diable vint pour voir où ça en était et...
Le paysan prend ce qui est dessus, c'est-à-dire la paille et le grain. Et il se fait un bon grenier, il a fait une belle récolte cette année.
Mais le diable ne ramassa pas grand-chose avec ce qui restait dessous : c'étaient les éteules, les racines. Cela ne faisait pas grand-chose. Il eût bien quelques épis qui restaient par terre, et un peu de grain, quand même...
    _ «  Oh ! Dit le diable, tu m'as roulé ! Alors, à la prochaine récolte, je prendrai ce qui est dessus ! Et toi, tu te garderas ce qui est dessous ! »
Alors, vous le savez bien, les paysans, après avoir fait pousser le blé, moissoné le blé, ils y mettent des raves.
Et le paysan sème ses raves... Et lui diable lui dit :
    _ « Moi, je prendrai ce qui est dessous cette fois ! »
Arrive le moment, les raves grossissent bien... Et il y a eu quelques bonnes pluies à l'automne et les raves étaient bien gros.
Alors le diable arrive pour la récolte. Mais dessus, ce n'était que la tige et les feuilles des raves et... dans la terre, le dessous, c'était les grosses raves ! Et le paysan garde la plus grosse part de ses raves et le diable fût encore une fois roulé.
Oh, mais le diable n'était pas content !!! Et il embêtait tout le temps ce pauvre paysan, dans le maison... Alors le paysan dît à sa femme :
    _ « Tu ne sais pas, quand il viendra, le diable, il te faudra chauffer la marmite sur le feu. Tu y mettras la soupe et moi je viendrai, je fouetterai le feu. Je fouetterai la marmite.
Le diable arrive :
    _ «  Que fais-tu donc ? »
Et mon paysan fouettait la marmite.
    _ « J'aide mon feu pour cuire ma soupe. Ca économise le bois !
    _ Ah mais, j'en veux un comme ça de fouet ! »
Alors le paysan fût forcé de donner son fouet au diable. Et comprenez bien... ce n'était pas le fouet, en fouettant, qui faisait cuire... Le diable fût encore roulé !
    Et,quelques temps plus tard, le paysan allait à la foire. Il achète à la foire de la région un lot de belles brebis, quatre ou cinq brebis, elles étaient bien belles. Et il se trouvait à côté d'un gourg. Un gourg, c'est un cratère plein d'eau. Et le diable arrive.
    _ « Où t'as pris ces moutons ? Où t'as pris ces brebis ?
    _ Je les ai sorties du gouffre...
    _  Tu les as sorties du gouffre ?
    _ Au fond, il y a plein de brebis, dans le gourg ! Dans l'eau ! »
Et le diable dît :
    _ «  Comment t'as fait ?
    _ Je me suis fourré dans un sac. Je suis allé au fond, et je suis remonté avec des brebis, du gourg. »
Et le diable dît :
    _ « Hé bien, jette-moi, jette-moi dans ce sac. Fourre-moi dans ce sac ! Je veux aller chercher des brebis ! Moi j'en veux des brebis ! »
Et ils mirent le diable dans le sac et serrèrent bien. Ils mirent aussi quelques cailloux en plus dans le fond du sac, et le diable tomba dans le gourg et fît glou ! glou! glou ! Et il en pérît.
Et ainsi mon conte est fini !